Premiere lettre ouverte aux militants du Rassemblement Democratique Du Peuple Camerounais – RDPC

Chers compatriotes,

C’est à vous que j’adresse cette lettre ouverte et dont je vous souhaite une lecture attentive et agréable.

Où que vous soyez, à l’intérieur du Cameroun ou dans la diaspora, en ville ou en campagne, quelle que soit votre condition, votre région d’origine ou votre âge, c’est à vous que j’adresse cette fraternelle correspondance pour vous dire mes vœux sincères de prospérité et de bonheur.

Je dois à la vérité de vous avouer, sans détours, que c’est la confirmation  officielle de la candidature du président Paul Biya à l’élection présidentielle du 07 octobre prochain qui m’a inspiré cette initiative.

Elle vous étonne ? C’est à raison. Depuis trop longtemps, notre vie politique nationale a ressemblé plus à des combats de tranchées qu’à autre chose. Aux mensonges se mélangent tribalisme et corruption ; aux passions fanatiques sont mêlées intrigues, rancœurs, et autres considérations personnelles. Pugilats verbaux, diffamations, médisance et délation sont maniés avec une diabolique dextérité. Ces aspérités remplacent allègrement les arguments et autres bilans objectifs qui devraient justifier l’autoglorification des uns ou la condamnation des autres. Ces modes de communication politique et sociale obscurcissent  les enjeux qui doivent demeurer au cœur des préoccupations des citoyens, en particulier dans le cadre d’une campagne électorale tournée vers un scrutin important comme celui devant nous conduire à l’élection du prochain président de la République.

Les enjeux du seul débat qui vaille en ce moment capital de notre histoire sont clairs, à mon humble avis : évaluer le bilan du candidat sortant, apprécier ses programmes et projets d’avenir, soupeser par ailleurs les offres alternatives présentées par les autres candidats. Toute autre posture devrait être interprétée comme une tentative de manipulation pour distraire l’opinion des vrais enjeux de l’heure en vue du maintien du statut quo qui, à travers la distribution de prébendes et de sinécures, bénéficie manifestement à ses tenants visibles ou masqués.

Il n’est point nécessaire de vous expliquer outre mesure, chers compatriotes,  les raisons pour lesquelles un regard critique doit être porté sur le bilan, sur les propositions et programmes des uns et des autres. C’est vous, le peuple, qui décernez au vainqueur sa couronne. Même la diaspora, actuellement injustement privée de son droit fondamental de vote, ne doit pas rester attentiste en ce moment crucial de notre histoire. Elle peut et doit, par ses idées et autres moyens à sa disposition, contribuer à la campagne électorale en cours au pays. Sa contribution est d’autant plus sérieuse qu’elle se trouve elle-même au cœurs d’enjeux électoraux pertinents : la légitimation de la double nationalité ; la reconnaissance de son droit de vote ; la création au pays de conditions économiques viables pour la soulager de ses trop fréquentes interventions en faveur de parents appauvris ou de frères laminés par le chômage…

Il est, disais-je, important de soupeser les programmes et projets des candidats avec pour seule préoccupation d’éviter de tomber dans le piège de loups tapis dans l’ombre et n’attendant que leur heure pour sévir à leur tour. Il est important de scruter les différents programmes afin d’éviter de se laisser séduire par des slogans creux, semblables aux mirages et rêves en couleurs dont on a par le passé bercé le peuple avec un bilan aujourd’hui catastrophique. Que sont devenus les slogans, mots d’ordres et autres leitmotiv comme « Rigueur et Moralisation », « serrez la ceinture », « retroussez les manches », « libéralisme communautaire », et bien d’autres somnifères du même auteur ? Chacun a sa réponse, au regard de la situation actuelle du Cameroun.

Le bilan de plus de trois décennies de règne de Paul Biya se résume en un panier de crises visiblement au-dessus des capacités réelles de ceux qui nous gouvernent:

1 Une pénurie généralisée de l’eau potable aussi bien en zones rurales qu’en zones urbaines, en dépit des sommes faramineuses débloquées en faveur de ce secteur ; l’ampleur des détournements allégués dans ce secteur est tout simplement hallucinante ;

  1. Un déficit abyssal de l’énergie électrique, malgré un potentiel impressionnant, avec pour conséquence des délestages quotidiens dans les entreprises et les ménages, un frein préoccupant pour le développement industriel et les activités des PME ;
  2. Un déficit préoccupant des services sociaux de base avec des hôpitaux aux plateaux techniques indigents où les soins se marchandent comme de vulgaires biens de consommation courante. Nous avons été tous révulsés par les images d’une patiente opérée de manière artisanale par une parente au sein de l’une des plus grandes formations sanitaires de la République. La patiente arrivée pour mettre au monde un bébé, avait été négligée par le personnel soignant de l’hôpital, en raison de sa pauvreté. Quelques semaines plus tard, une jeune femme médecin mourait dans un hôpital de référence parce que non prise en charge pour défaut de dépôt de la caution exigée ! Quel scandale ! « Si le bois vert est ainsi traité, qu’en sera-t-il du bois sec »?  C’est vous dire quel est le sort réservé au quotidien, aux humbles citoyens dans nos formations sanitaires.

 

  1. Notre pays se distingue dans l’indice du développement humain, par un nombre trop élevé d’écoles, lycées et collèges sans infrastructures et sans personnels enseignants ; il en est résulté un délitement préoccupant du niveau de connaissances dans les cursus scolaires et universitaires, attesté par la dépréciation des diplômes camerounais à l’étranger ;
  2. La famine a refait surface dans les villes du fait de la pauvreté et du faible pouvoir d’achat. Les acheteurs plus nantis venant des pays voisin saignent à blanc nos campagnes en produits vivriers, au profit des marchés de leurs pays respectifs, ne laissant sur place que les produits de second choix ;
  3. Notre pays souffre de sa fonction publique. Une fonction publique corrompue, obèse, paresseuse et antipatriotique ;
  4. Le détournement systématique des deniers publics par une caste de fonctionnaires et ministres, à travers des projets à la pertinence douteuse et mal ficelés ;
  5. La promotion des mentalités tribalistes à travers divers pratiques discriminatoires telles que le maintien en vigueur de textes organisant les quotas et régionaux aux concours, au lieu de favoriser la scolarisation et l’éducation dans les régions en retard. Ces pratiques ont pour fin de nourrir le sentiment de marginalisation chez certaines populations et de dresser les citoyens les uns contre les autres. Ces textes, pratiques et idéologies, sont une remise en cause brutale de l’idéal républicain d’intégration nationale et de concorde nationale célébrée par les hypocrites. Ils sont un danger grave pour la République et nous devons les combattre ;
  6. Une culture du mépris de la loi, jusqu’aux plus sacrées d’elles, la constitution. L’exemple vient du président du RDPC lui-même qui du haut de son piédestal, foule allègrement aux pieds les dispositions pertinentes de notre Constitution commune ; il donne le mauvais exemple qui retombe sur toute la société en cascades violentes et dégrade tout ce qu’elles touchent, des institutions publiques aux instances privées, jusqu’à l’institution familiale. Cette trahison prolongée des devoirs de sa charge est inadmissible et regrettable. Elle indique que le Cameroun est un faux Etat de droit où les puissances d’argent, les propriétaires des « parapluies et godasses » manipulent l’appareil législatif et judiciaire au gré des situations et, sur tout, de leurs intérêts…
  7. Un délitement préoccupant des valeurs morales et civiques rarement égalé sous les tropiques, avec le phénomène des « feymen » qui jouissent ouvertement et ostensiblement du fruit de leurs crimes perpétrés à l’étranger ou sur le territoire national, sous la couverture des personnalités de premier rang. Honnis et pourchassés dans les pays de leurs crimes, ils sont accueillis au Cameroun à bras ouverts par les autorités locales ou nationales qui leur tressent publiquement des lauriers. Conséquence, le passeport camerounais souffre des soupçons les plus abjects sur les places internationales…
  8. L’exemple venant d’en haut, l’essor des sectes et de pratiques ésotériques a été amorcé dans notre pays par les révélations que le président de la République lui-même faisait partie de l’une d’elles, bien connue. Le ballet incessant des hauts responsables de diverses loges et regroupements ésotériques, à grand renfort de publicité, est venu conforter cette assertion. La force de séduction des pratiques de pédérastie, de magie et autres pratiques obscures vient du fait que le président de la République, nombre de ses proches collaborateurs, et ministres, la crème des corps d’élite (armée, police, magistrature, diplomatie, etc.…) baignent dans ces complexités, exhibant sans complexe sur vêtements et voitures, les insignes de leur appartenance à ces milieux…

Je mets volontairement un terme à cette longue litanie des malheurs et scandales à répétition qui nous révoltent, au risque de vous provoquer un inconfort digestif.

Il m’a semblé, au demeurant,  important de vous présenter ces images parmi des milliers, qui illustrent la gravité de la descente aux enfers de notre pays et de la société camerounaise dans sa globalité. Mon intention première est de cous présenter la situation réelle du pays afin de vous affranchir les illusions aux relents tribalistes et partisans savamment distillées ici et là par le clan ceux qui tirent profit de ce chaos organisé.

En revanche, nous devons convenir de l’urgence et de la nécessité de refuser au premier responsable des malheurs des Camerounais et des générations futures, un autre mandat au cours duquel il risque de « nous finir », comme dit le petit peuple.

 

Joshua Osih