Allocution 20 Mai

Camerounaises, Camerounais,

En cette veille de la 46ème édition de la fête de l’unité nationale instituée, je m’adresse à vous, pour qu'ensemble nous jetions un regard critique sur la situation de ce pays qui nous est si cher.

Tout d’abord, réservons une pensée respectueuse et fraternelle aux familles des soldats morts au combat, aux proches des victimes civiles, ainsi qu’à toutes celles et ceux de nos compatriotes qui souffrent dans leur chair et dans leur cœur du fait des différentes guerres qui secouent notre pays.

Il vous arrive comme à moi d’apprendre que tout va bien dans notre pays. Mais en vérité, qui le croît réellement ?

Personne ne peut nier que notre pays est traversé par des crises multiformes. La crise dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, en plus de s'enliser davantage, a franchi le seuil de l'inacceptable. La situation de l'emploi est largement insatisfaisante. Le chômage et la pauvreté atteignent des niveaux record. Le pouvoir d'achat de l'immense majorité de camerounaises et des camerounais ne cesse de s'effondrer. Le Cameroun a cessé de jouer son rôle important de moteur économique de l'Afrique centrale. Ce sont là des signes clairs d’une crise évidente de leadership.

En dépit des difficultés actuelles, il est bon de pouvoir se dire que les filles et les fils du Cameroun sont capables de s’unir et de montrer aux autres Nations, ce qu’ils valent quand le danger est là. Il nous faudrait donc de faire preuve de détermination, d’abnégation et de courage, pour surmonter toutes ces épreuves. Le Cameroun est à la croisée des chemins.

 

Camerounaises, Camerounais,

Notre conscience en tant que nation et en tant que peuple est aujourd’hui fortement éprouvée, et ceci, à plusieurs niveaux. La réalité quotidienne nous oblige en effet à questionner le fondement de notre vivre-ensemble qui avait charrié tant d’espoir mais qui, pour plusieurs d’entre nous aujourd’hui, ne s’est finalement pas traduit dans les faits.

 

Ma lecture de la situation me pousse à craindre que nos peurs les plus profondes nous empêchent de trouver au fond de nous-mêmes, la force nécessaire pour relever les défis qui nous attendent. Car bien que nous sachions ce qui nous reste à faire, nous avons plutôt tendance, parfois, à intérioriser notre chagrin, repoussant ainsi l’échéance fatidique de la prise de décision. Nous devons par contre donner du sens et fixer le cap de la construction de notre Nation, ce qui exige, croyez-moi, de bonnes dispositions de cœur. Ce n’est qu’en allant puiser dans notre force intérieure que nous réaliserons que les épreuves du passé ne sont rien comparées à ce que nous promet le futur. Il va donc de soi que l’on ne peut trouver la paix en refusant d’affronter la vie. La vie a certes des heures sombres mais ce sont ces moments-là qui font notre grandeur et notre force.

 

Ce que nous vivons aujourd’hui est malheureusement fondé sur l’illusion que la survie de notre pays dépend du bon vouloir et de la sagesse d’une minorité, alors que nous sommes un même peuple, une même nation et qu’au-delà de nos différences, le pouvoir émane de nous, le peuple.  Pouvoir au peuple.

 

Chers Compatriotes,

Dans l’Histoire des communautés humaines, se mêlent parfois, pour des causes diverses, la joie et la douleur. Ce qui nous rappelle fatalement que nul n’est à l’abri du malheur et que le premier devoir de ceux qui ont la chance d’être épargnés, est de se montrer solidaires de ceux qui sont frappés par le destin. Cette leçon vaut pour tout et pour tous. Toutes les camerounaises et les camerounais ont le droit d’être respectés et considérés. Dans la guerre contre Boko Haram, à l’Extrême-Nord du pays, on n’a pas brûlé de villages. Dans le règlement du conflit de Bakassi, la diplomatie a prévalu. Il n’y a pas eu de déplacés. Rien ne saurait justifier l’horreur qui a cours dans ces deux régions. Les violences doivent cesser et la paix doit être rétablie. J’appelle à un cessez le feu dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Nous n’apporterons pas la paix en brûlant les villages, mais en les construisant. Nous ne pouvons pas brûler nos écoles …Nous ne devons pas partager cette conception d’un Cameroun divisé en deux camps. Nous devons nous reconcilier avec notre Histoire commune. Nous devons être conscients que tout homme qui aspire à rassembler le Cameroun, à reconcilier les camerounaises et les camerounais, devrait posséder cette capacité inaliénable à surmonter les barrières ethniques, ethnicistes, tribalistes et extrémistes. C’est toute la noblesse de la politique que d’être capable de parler à tous ceux qui sont naturellement d’accord avec vous, en même temps qu’à tous ceux qui ne sont prêts qu’à faire qu’un bout de chemin avec vous, y compris tous ceux qui ne sont pas d'accord avec vous. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de différences, mais nous ne pourrons construire que sur l'unité dans la diversité. Rien n'explique encore moins ne justifie l'absence d'un débat national inclusif chaque fois que l'intégrité du territoire et surtout, le vivre ensemble, sont en péril. Nous devons nous arrêter, nous parler et discuter avec humilité. Il n'y a pas de honte à cela. Notre Nation est au-dessus de tout et sa stabilité, s’impose à tous.

 

Chers Compatriotes,

Bien que l'on puisse affirmer que les failles fondamentales de la réunification de notre pays sont au centre de notre crise actuelle, il ne faut pas perdre de vue que la marginalisation de la communauté anglophone et de la plupart des Camerounaises et des Camerounais par le même régime depuis 1961, a été conçue et exécutée par des oligarques francophones et anglophones. Nous avons besoin de nous libérer... non pas de l’état de nos frontières actuelles mais plutôt, du régime de Yaoundé. Nous n'avons jamais eu l'occasion de bâtir une nation avec un nouveau leadership depuis l'indépendance. Les nombreux défis auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui, qui nous ont menés au bord de l'effondrement en tant que nation, sont symptomatiques d'un leadership défaillant et en déclin.

La violence que nous observons aujourd'hui, les pertes en vies humaines, la violation des droits de l'homme, la destruction des villages, la mise à feu des écoles, les châtiments collectifs, etc., des deux côtés du Nord et du Sud-ouest, avec des citoyens innocents qui paient le prix le plus élevé, sont inacceptables. Cette violence inutile doit cesser.

Je profite donc de cette occasion solennelle pour appeler à un cessez-le-feu. Je fais appel à la grandeur des Camerounais. Pour le pays auquel j'aspire de redonner sa grandeur : notre nation triomphante. Nous ne pouvons pas continuer à permettre à un régime de tous nous opposer les uns aux autres. Nous pouvons être ce dont nous avons tous rêvé. Nos rêves retardés peuvent devenir une réalité mais à la condition que nous cherchions, une fois de plus, à écrire l’histoire, notre histoire commune. Rappelez-vous toujours que Moïse a fait face à Pharaon, David a fait face à Goliath et Josué a fait descendre Jéricho. Tout ce qu'il a fallu, c'était d’y croire. Laissons les tourments d'aujourd'hui être l'impulsion pour nos espoirs d’un meilleur pays demain. Laissons- les plus forts tenir la main des faibles, et les optimistes rassurer les pessimistes que nous pouvons surmonter les défis qui se présentent à nous. Unissons-nous pour faire avancer notre pays. La riche diversité du Cameroun est notre atout le plus fort. Nous sommes une nation de travailleurs déterminés. Nous pouvons surmonter nos différences et en ressortir plus forts. Nous ne devons pas perdre de vue que nous n’avons pas affaire à un autre pays ! Il s’agit de notre pays, notre nation, notre Cameroun. Nous devons récupérer notre nation, notre liberté, notre destin commun !

Ensemble, nous pouvons reconstruire notre nation à partir de l'année prochaine, en lui donnant la forme d’une république fédérale qui garantira constitutionnellement une véritable dévolution des pouvoirs. Inscrivons-nous donc massivement et préparons-nous à mener ce pays là où nous le souhaitons. Soyons unis et faisons compter nos voix car, comme le dit Ben Okri, la chose la plus authentique à propos de nous est notre capacité à créer, à surmonter, à supporter, à transformer, à aimer et à être plus grand que notre souffrance.

 

Camerounaises, Camerounais

Nous sommes dans un pays où s'accroît de façon exponentielle l’injustice sociale, les inégalités, les difficultés de la vie et le désespoir, mais en ce jour, j’ai voulu insister sur l’espoir de retrouver la paix et l’unité. Pour gagner, les camerounaises et les camerounais doivent pouvoir se parler, se reconcilier, regarder dans la même direction. J’appelle toutes celles et ceux qui, comme moi et comme ma famille politique le SDF, pensent que ce qui nous réunit est plus fort que ce qui nous divise, à croire en notre capacité collective à prendre un nouveau départ gagnant. 

Je n'apprendrais rien à personne en rappelant que dans moins de six mois aura lieu l'élection présidentielle. C'est un rendez-vous constitutionnel important que le Cameroun se donne à lui-même. Je souhaite vivement que ce soit l'occasion d'un vrai débat sur tous les sujets, y compris sur les règles de morales de la vie publique, le rôle et les limites des divers pouvoirs.

C'est la première fois que je m'adresse solennellement à vous à la veille d'une édition de la fête de l'unité nationale, en ma qualité de candidat à l'élection présidentielle d’octobre prochain. Aussi je me permettrais une exhortation forte ; que chacun de nous s'inscrive et fasse inscrire autour de lui le maximum de personnes sur les listes électorales. 

Afin que le rêve de liberté et de démocratie pour un Cameroun uni et prospère, commencé depuis nos illustres héros nationaux, devienne enfin réalité.

J'ai plein d'espoir en vous.

J'ai plein d'espoir pour mon pays.

Que Dieu bénisse le Cameroun!

 

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