A la rencontre du Grand Nord

Ça faisait quelque temps déjà que j'envisageais de rendre visite à mes frères du Grand Nord. J’étais aussi conscient de leur désir d’échanger avec moi. De ce fait, dès que l’occasion s’est présentée, mes collaborateurs et moi l'avons saisie.

Nous sommes arrivés à Ndjamena sous un accueil chaleureux de l'équipe du parti de la région de l'Extrême Nord, accompagnée de l'Association des Étudiants Camerounais du Tchad. Les différentes rencontres étant déjà planifiées, nous nous sommes directement mis au travail, afin d’aller à la rencontre du peuple.

Nous avons quitté Ndjaména le premier jour pour Amfara, où nous devions prendre un bateau pour la traversée du Chari, afin d'arriver à Blangoua. Cette partie du pays a souffert le martyr pendant plus de trente ans, du fait de la qualité des routes qui dépend essentiellement des saisons. Nous avons loué des cars de transport locaux pour nous conduire à Makari. Les routes étaient très mauvaises, et durant le voyage, nous avons traversé de nombreux hectares de champs abandonnés. Cette vision du paysage m’était extrêmement pénible sur une terre, réputée si fertile que l'arachide y croît comme de l'herbe.

Nous étions accompagnés et protégés par le groupe local de vigilance qui fait un travail remarquable pour le maintien de la paix et de la sécurité des populations locales, face aux attaques de l’adversaire éternel qu’est la secte Boko Haram. Arrivés à Makari, nous nous sommes entretenus avec les notables, ravis de constater que nous avions affronté l’état calamiteux des routes pour les rencontrer.

Nous avons fait un court arrêt à Massaki puis à Blangoua, où de nombreux jeunes sont venus partager avec moi leurs frustrations, leurs difficultés et leurs aspirations les plus profondes. Nous avons salué notable et population puis avons eu recours à des barques pour retourner à Kousseri en passant par Ndjaména, nos cœurs remplis de peines et d’émotion de se dire en laissant ces populations dans le même état de dénuement dans lequel nous les avons trouvés, mais avec la foi que cette situation ne durerait pas toujours !

Le deuxième jour, après avoir rencontré et discuté avec des groupes de sympathisants et les jeunes de Kousserie et Goulfey, nous nous sommes rendus à Affade. Nous y avons rencontré un autre groupe enthousiaste de personnes âgées et de jeunes d’un village qui a souffert des attaques de Boko Haram et qui recherche un gouvernement qui les prendra enfin en considération.

À Maltam et Magam, nos entretiens avec les jeunes étaient encourageants. Leurs frustrations et leur désir de changement se lisaient dans leurs yeux. Ils veulent l’égalité des chances afin de donner un sens à leur vie. L’état catastrophique des routes ne nous a pas permis de nous rendre dans le village limitrophe Fotokol. De ce fait, nous nous sommes rendus en plein milieu de la nuit, à Logone Birni, de l’autre côté de la frontière entre le Cameroun et le Tchad, et nous sommes retrouvés face à une foule enthousiaste. De jeunes Camerounais qui avaient le sentiment d'être abandonnés par leur pays, nous attendaient. Leurs listes de plaintes était incroyablement longue. Parmi leurs plaintes, revenaient très souvent les menaces de la part des forces de police, le manque de routes, le manque d'électricité et de lumière, le manque d'eau potable, et l'absence d'instituts scolaires ; tous ces éléments étant des besoins primaires.

La discussion était si passionnante que nous sommes rentrés à Kousseri seulement très tard dans la nuit. Leur amour et leur accueil nous ont assuré la sérénité malgré le fait que nous étions dans la partie du pays qui a le plus souffert d'insécurité.

Le troisième jour, nous sommes partis de Kousseri. Là également, les routes étaient un désastre. Nous sommes passés par Waza pour arriver à Mora. En traversant toutes les frontières des villages ayant soufferts des attaques de Boko Haram, nous avons vu nos soldats campés aux aguets d'attaques éventuelles. Nous avons roulé jusqu'à Kolofata, Kourgui en passant par Mora, où nous avons trouvé des milliers de jeunes qui posaient des questions inquiétantes concernant l'avenir de notre pays. Animés par leurs désirs d’un quotidien meilleur, j'ai été accueilli comme l'un des leurs ! C'était la même scène à Mora et à Tokombéré où nous nous sommes assis avec nos sympathisants comme une famille pour comprendre les conditions de vie du peuple. À 22heures, nous sommes arrivés à Maroua après un voyage extrêmement long d'une durée de 14 heures.

Le quatrième jour, nous avions prévu une réunion avec l'équipe du Diamaré, afin de s'entretenir avec les jeunes de la localité de Maroua. Ils se sont plaints des défis qu'ils rencontraient avec les inondations. Ils ont aussi parlé du manque d'électricité et de routes. Ils s'étaient réunis pour agir contre les conséquences des inondations.

Notre voyage s'est étendu sur plusieurs autres localités, dont Magode, Koza, Mayo Mouskouda, Mokollo, et Gazawa, tous dans la Division du Mayo Tsanaga..

Ce que je retiens de ce voyage est la lueur d'espoir qui brillait dans les yeux de chaque jeune personne, je retiens également la sagesse incroyable des aînés qui pourrait changer notre pays si jamais on leur donnait le droit à la parole. Au-delà de tout, je retiens leur soif pour le changement, l'amélioration de leur qualité de vie, et l'accomplissement de leurs rêves. Ensemble, nous pouvons changer les choses !